← Chansons à répondre

La chanson des mensonges

Chanson traditionnelle · domaine public

Une charrue sur le dos, un pommier chargé de fraises, un coq qui carde : pas un mot de vrai dans cette chanson-là.

Comment la chanter : Le meneur chante les deux vers (le premier est toujours le dernier du couplet d'avant) ; tout le monde répond « Oh gai ! Laissez, laissez-moi-s aller… ». Les enfants peuvent essayer d'inventer la menterie suivante.

Les lignes en couleur sont reprises par tout le monde.

Écoutez, je vais vous chanter un' chanson de mensonges.S'il y-a-t un mot de vérité, je veux que l'on me pende.Oh gai !Laissez, laissez-moi-s aller,Laissez-moi-s aller jouer !

S'il y-a-t un mot de vérité, je veux que l'on me pende.J'ai mis ma charru' sur mon dos, mes bœufs à ma ceinture.Oh gai !Laissez, laissez-moi-s aller,Laissez-moi-s aller jouer !

J'ai mis ma charru' sur mon dos, mes bœufs à ma ceinture.C'était pour aller labourer où y-avait pas de terre.Oh gai !Laissez, laissez-moi-s aller,Laissez-moi-s aller jouer !

C'était pour aller labourer où y-avait pas de terre.Dans mon chemin j'ai rencontré un pommier chargé d'fraises.Oh gai !Laissez, laissez-moi-s aller,Laissez-moi-s aller jouer !

Dans mon chemin j'ai rencontré un pommier chargé d'fraises.Je pris un' branch', j'la secouai. Il tomba des framboises.Oh gai !Laissez, laissez-moi-s aller,Laissez-moi-s aller jouer !

Je pris un' branch', j'la secouai. Il tomba des framboises.Il est venu un' vieill' bonn' femme, qui dit : « Laisse mes figues ! »Oh gai !Laissez, laissez-moi-s aller,Laissez-moi-s aller jouer !

Il est venu un' vieill' bonn' femme, qui dit : « Laisse mes figues ! »J'ai vu venir un petit chien, qui me mordit l'orteil.Oh gai !Laissez, laissez-moi-s aller,Laissez-moi-s aller jouer !

J'ai vu venir un petit chien, qui me mordit l'orteil.Il me mordit l'orteil, me fit saigner l'oreille.Oh gai !Laissez, laissez-moi-s aller,Laissez-moi-s aller jouer !

Il me mordit l'orteil, me fit saigner l'oreille.J'ai pris parti de m'en aller retrouver mon ménage.Oh gai !Laissez, laissez-moi-s aller,Laissez-moi-s aller jouer !

J'ai pris parti de m'en aller retrouver mon ménage.J'y ai trouvé mon coq qui carde et la poule qui file.Oh gai !Laissez, laissez-moi-s aller,Laissez-moi-s aller jouer !

J'y ai trouvé mon coq qui carde et la poule qui file.J'n'avais qu'un petit chien barbet ; il coulait la lessive.Oh gai !Laissez, laissez-moi-s aller,Laissez-moi-s aller jouer !

J'n'avais qu'un petit chien barbet ; il coulait la lessive.La chatte était sur le foyer qui brassait la marmite.Oh gai !Laissez, laissez-moi-s aller,Laissez-moi-s aller jouer !

La chatte était sur le foyer qui brassait la marmite.Quand ell' voulut goûter la sauce ell' se gela les griffes.Oh gai !Laissez, laissez-moi-s aller,Laissez-moi-s aller jouer !

Quand ell' voulut goûter la sauce ell' se gela les griffes.Les mouches qui sont au plancher s'sont éclaté' de rire.Oh gai !Laissez, laissez-moi-s aller,Laissez-moi-s aller jouer !

Les mouches qui sont au plancher s'sont éclaté' de rire.Il en tombe un' sur la marmite ; ell' s'est cassé la cuisse.Oh gai !Laissez, laissez-moi-s aller,Laissez-moi-s aller jouer !

Il en tombe un' sur la marmite ; ell' s'est cassé la cuisse.Faut aller chercher l'médecin, le médecin des mouches.Oh gai !Laissez, laissez-moi-s aller,Laissez-moi-s aller jouer !

Faut aller chercher l'médecin, le médecin des mouches.— « Bon médecin, bon médecin, que dit's-vous de ma cuisse ? »Oh gai !Laissez, laissez-moi-s aller,Laissez-moi-s aller jouer !

— « Bon médecin, bon médecin, que dit's-vous de ma cuisse ? »— « Votr' cuisse ne guérira point qu'ell' n'soit dans l'eau baignante,Oh gai !Laissez, laissez-moi-s aller,Laissez-moi-s aller jouer !

— « Votr' cuisse ne guérira point qu'ell' n'soit dans l'eau baignante,Dans un vase d'or et d'argent orné de roses blanches. »Oh gai !Laissez, laissez-moi-s aller,Laissez-moi-s aller jouer !

Barbeau la range parmi les « chansons de merveilles » qu'on pouvait entendre presque partout au Québec : une chaîne d'absurdités qui faisait rire, surtout les enfants. Chaque couplet reprend le dernier vers du précédent.

Source : Marius Barbeau et Edward Sapir, Folk Songs of French Canada, New Haven, Yale University Press, 1925 (domaine public), p. 159-162 (paroles et mélodie notée). Orthographe de l'édition originale, coquilles de numérisation corrigées.