Fêtes et traditions · Le 31 décembre (aujourd'hui, en décembre)
La guignolée, la quête chantée du jour de l'An
Avant d'être la grande collecte de denrées de décembre, la guignolée était une fête de village. La veille du jour de l'An, une bande de jeunes hommes faisait le tour du rang en chantant, frappait aux portes et repartait avec de quoi nourrir les familles pauvres de la paroisse. Une tradition de partage qui a traversé les siècles en changeant de visage.
Un peu d'histoire
La coutume est venue de France, où on la connaissait sous d'autres noms selon la région : ignolée, guillonée ou aguilanleu. L'Encyclopédie canadienne rapporte que son nom viendrait de « au gui l'an neuf », le cri lancé autrefois à la cueillette du gui. En 1865, Ernest Gagnon publie dans ses Chansons populaires du Canada trois versions de la chanson recueillies au Québec. Selon Jeanne Pomerleau, jusqu'aux années 1920, des jeunes hommes faisaient la tournée la veille du jour de l'An presque partout au Québec, et dans certains coins de l'Acadie et de l'Ontario français. Boisson, querelles et dons gardés pour la fête : à la fin du XIXe siècle, plusieurs curés la dénonçaient. Des sociétés d'entraide et des marguilliers l'ont relancée au début du XXe siècle ; en 1924, les membres du Cercle des voyageurs de commerce ont ainsi amassé 84 239 $ en argent et 92 939 $ en provisions. Aujourd'hui, la guignolée a lieu quelques semaines avant Noël, souvent organisée par la Société de Saint-Vincent-de-Paul, et ses dons servent de cadeaux de Noël plutôt que de provisions pour l'hiver.
Les traditions
- Une dizaine de quêteux allaient de maison en maison, suivis des enfants du village et des chiens ; une voiture tirée par un cheval transportait les dons.
- Ils battaient la mesure devant la porte et n'entraient jamais sans y être invités par le maître ou la maîtresse de la maison. La chanson réclamait la « chignée », un morceau d'échine de porc.
- On donnait surtout de la viande, mais aussi des pâtés, des beignes, des confitures ou de l'argent. Pour rire, les quêteux faisaient semblant d'enlever la jeune fille de la maison et ne la rendaient qu'en échange de la viande demandée.
- Après la tournée, on étalait tout sur de grandes tables au presbytère et on faisait un lot par famille pauvre, souvent distribué le soir même.
En région
- Lanaudière
La version de la chanson publiée par Ernest Gagnon a été recueillie dans le comté de Berthier. Il y cite J.-C. Taché : les quêteux frappaient la mesure devant la porte avec de longs bâtons.
- Montérégie
Près de Saint-Constant, au début du XXe siècle, les quêteux de la guignolée chantaient ensemble leurs couplets une fois invités à entrer dans la maison. À Saint-Hyacinthe, la Société philharmonique la fait revivre le soir du 31 décembre 1904 : la quête rapporte 500 $, et ce sont ensuite les conférences Saint-Vincent-de-Paul des paroisses qui la reprennent, jusqu'en 1942.
- Chaudière-Appalaches
En 1970, des jeunes de Saint-Joseph-de-Beauce ont tenté de refaire la guignolée à l'ancienne, de porte en porte. L'essai n'a pas suffi à relancer la tradition.
- Montréal
À Montréal, la Société de Saint-Vincent de Paul tient une guignolée depuis 1861 et la présente comme la plus ancienne du Québec. Sa collecte couvre aussi Laval et la MRC de L'Assomption, de la mi-novembre au début de décembre.
La chanson « La Guignolée » (Ernest Gagnon)Le conte « La Chasse-galerie », une veille du jour de l'An
Sources
- La guignolée, par Jeanne Pomerleau – Cap-aux-Diamants, no 80, hiver 2005 (Érudit)
- La guignolée, par Anne-Sophie Robert – Centre d'histoire de Saint-Hyacinthe (2023)
- Guignolée traditionnelle – Société de Saint-Vincent de Paul de Montréal
- La Guignolée, par Hélène Plouffe – L'Encyclopédie canadienne
- Réflexions à propos des célébrations du Nouvel An, par André Couture – CROIR, Université Laval (2023)