La Corriveau
Philippe Aubert de Gaspé, 1863 · env. 16 min · À raconter : Halloween · Légende de la région : Chaudière-Appalaches
Une nuit, en rentrant de la Pointe-Lévis, François Dubé passe devant la cage de fer de la Corriveau. Derrière lui : tic, tac sur les cailloux… Sur l'île d'Orléans, les sorciers dansent, et la pendue veut qu'il la porte au sabbat. La plus célèbre légende de peur du Québec, racontée par José dans Les Anciens Canadiens.
Note de Veillée : Marie-Josephte Corriveau a été condamnée pour le meurtre de son mari Louis Dodier et pendue à Québec en 1763 ; son corps fut ensuite exposé dans une cage de fer à la Pointe-Lévy, aujourd'hui Lévis (L'Encyclopédie canadienne). Philippe Aubert de Gaspé en a tiré ce récit, où José raconte la nuit de son père aux jeunes Jules d'Haberville et Arché de Locheill. Les échanges entre les deux jeunes gens qui interrompent le conte ont été coupés.
— Si vous vouliez me le permettre, mes jeunes messieurs, c’est moi qui vous tirerais bien vite d’embarras, en vous contant ce qui est arrivé à mon défunt père qui est mort.
— Oh ! conte-nous cela, José ; conte-nous ce qui est arrivé à ton défunt père qui est mort, s’écria Jules en accentuant fortement les trois derniers mots.
— Oui, mon cher José, dit de Locheill, de grâce faites-nous ce plaisir.
— Ça me coûte pas mal, reprit José, car, voyez-vous je n’ai pas la belle accent ni la belle orogane (organe) du cher défunt. Quand il nous contait ses tribulations dans les veillées, tout le corps nous en frissonnait comme des fièvreux ; que ça faisait plaisir à voir ; mais, enfin, je ferai de mon mieux pour vous contenter.
Si donc qu’un jour, mon défunt père qui est mort, avait laissé la ville pas mal tard, pour s’en retourner chez nous ; il s’était même diverti, comme qui dirait à pintocher tant soit peu avec ses connaissances de la Pointe-Lévis : il aimait un peu la goutte le brave et honnête homme ! à telle fin qu’il portait toujours, quand il voyageait, un flacon d’eau-de-vie dans son sac de loup-marin ; il disait que c’était le lait des vieillards.
Si donc, que quand mon défunt père voulut partir, il faisait tout-à-fait nuit. Ses amis firent alors tout leur possible pour le garder à coucher, en lui disant qu’il allait bien vite passer tout seul devant la cage de fer où la Corriveau faisait sa pénitence pour avoir tué son mari.
Vous l’avez vue vous-mêmes, mes messieurs, quand j’avons quitté la Pointe-Lévis à une heure : elle était bien tranquille dans sa cage, la méchante bête avec son crâne sans yeux ; mais ne vous y fiez pas ; c’est une sournoise, allez ! si elle ne voit pas le jour, elle sait ben trouver son chemin la nuit pour tourmenter le pauvre monde.
Si ben toujours que mon défunt père, qui était brave comme l’épée de son capitaine, leur dit qu’il ne s’en souciait guère, qu’il ne lui devait rien à la Corriveau ; et un tas d’autres raisons que j’ai oubliées. Il donne un coup de fouet à sa guevalle (cavale) qui allait comme le vent, la fine bête ! et le voilà parti. Quand il passa près de l’esquelette, il lui sembla ben entendre quelque bruit, comme qui dirait une plainte ; mais comme il ventait un gros sorouët (sud-ouest), il crut que c’était le vent qui sifflait dans les os du calabre (cadavre). Pu n’y moins ça le tarabusquait (tarabustait) et il prit un bon coup pour se réconforter. Tout ben considéré, à ce qui se dit, il faut s’entre-aider entre chrétiens : peut-être que la pauvre créature (femme) demande des prières ; il ôte donc son bonnet et récite dévotement un dépréfundi à son intention ; pensant que si ça ne lui faisait pas de bien, ça ne lui ferait pas de mal ; et que lui, toujours, s’en trouverait mieux.
Si donc qu’il continua à filer grand train ; ce qui ne l’empêchait pas d’entendre derrière lui, tic, tac, tic, tac, comme si un morceau de fer eût frappé sur des cailloux. Il crut que c’était son bandage de roue ou quelques fers de son cabrouette qui étaient décloués. Il descend donc de voiture, mais tout était en règle. Il toucha sa guevalle pour réparer le temps perdu ; mais un petit bout de temps après, il entend encore tic, tac sur les cailloux ; comme il était brave, il n’y fit pas grande attention.
Arrivé sur les hauteurs de Saint-Michel, que nous avons passées tantôt, l’endormitoire le prit. Après tout, ce que se dit mon défunt père, un homme n’est pas un chien ! faisons un somme ; ma guevalle et moi nous nous en trouverons mieux. Si donc qu’il dételle sa guevalle, lui attache les deux pattes de devant avec ses cordeaux, et lui dit : tiens, mignonne, voilà de la bonne herbe, tu entends couler le ruisseau ; bon soir.
Comme mon défunt père allait se fourrer sous son cabrouette pour se mettre à l’abri de la rosée, il lui prit fantaisie de s’informer de l’heure. Il regarde donc les trois rois au sud, le chariot au nord, et il en conclut qu’il était minuit. C’est l’heure, qu’il se dit, que tout honnête homme doit être couché.
Il lui sembla, cependant, tout-à-coup, que l’île d’Orléans était tout en feu. Il saute un fossé, s’accote sur une clôture, ouvre de grands yeux, regarde, regarde… Il vit à la fin que des flammes dansaient le long de la grève, comme si tous les fi-follets du Canada, les damnés, s’y fussent donné rendez-vous pour tenir leur sabbat. À force de regarder, ses yeux qui étaient pas mal troublés s’éclaircirent, et il vit un drôle de spectacle : c’était comme des manières (espèces) d’hommes, une curieuse engeance tout de même ! Ça avait ben une tête grosse comme un demi-minot, affublée d’un bonnet pointu d’une aune de long, puis des bras, des jambes, des pieds et des mains armés de griffes, mais point de corps pour la peine d’en parler. Ils avaient, sous votre respect, mes messieurs, le califourchon fendu jusqu’aux oreilles. Ça n’avait presque pas de chair : c’était quasiment tout en os, comme des esquelettes. Tous ces jolis gars (garçons) avaient la lèvre supérieure fendue en bec de lièvre, d’où sortait une dent de rhinoféroce d’un bon pied de long comme on en voit, monsieur Arché, dans votre beau livre d’images de l’histoire surnaturelle. Le nez ne vaut guère la peine qu’on en parle : c’était, ni plus ni moins, qu’un long groin de cochon, sous votre respect, qu’ils faisaient jouer à demande, tantôt à droite, tantôt à gauche de leur grande dent : c’était, je suppose, pour l’affiler. J’allais oublier une grande queue, deux fois longue comme celle d’une vache, qui leur pendait dans le dos, et qui leur servait, je pense, à chasser les moustiques.
Ce qu’il y avait de drôle, c’est qu’ils n’avaient que trois yeux par couple de fantômes. Ceux qui n’avaient qu’un seul œil au milieu du front, comme ces cyriclopes (cyclopes) dont votre oncle le chevalier, M. Jules, qui est un savant, lui, nous lisait dans un gros livre, tout latin comme un bréviaire de curé, qu’il appelle son Vigile ; ceux donc qui n’avaient qu’un seul œil, tenaient par la griffe deux acolytes qui avaient ben, eux les damnés, tous leurs yeux. De tous ces yeux sortaient des flammes qui éclairaient l’île d’Orléans comme en plein jour. Ces derniers semblaient avoir de grands égards pour leurs voisins, qui étaient, comme qui dirait borgnes ; ils les saluaient, s’en rapprochaient, se trémoussaient les bras et les jambes, comme des chrétiens qui font le carré d’un menuette (menuet).
Les yeux de mon défunt père lui en sortaient de la tête. Ce fut ben pire quand ils commencèrent à sauter, à danser, sans pourtant changer de place et à entonner, d’une voix enrouée comme des bœufs qu’on étrangle, la chanson suivante :
Allons, gai, compèr’lutin ! Allons, gai, mon cher voisin ! Allons, gai, compèr’qui fouille, Compèr’crétin la grenouille ! Des chrétiens, des chrétiens, J’en f’rons un bon festin
— Ah ! les misérables carnibales, (cannibales) dit mon défunt père, voyez si un honnête homme peut être un moment sûr de son bien ! Non contents de m’avoir volé ma plus belle chanson que je réservais toujours pour la dernière dans les noces et les festins, voyez comme ils me l’ont étriquée ! c’est à ne plus s’y reconnaître. Au lieu de bon vin, ce sont des chrétiens dont ils veulent se régaler, les indignes !
Et puis après, les sorciers continuèrent leur chanson infernale, en regardant mon défunt père et en le couchant en joue avec leurs grandes dents de rhinoféroce.
Ah ! viens donc, compèr’François, Ah ! viens donc, tendre porquet ! Dépêch’-toi, compèr’l’andouille, Compèr’boudin, la citrouille ; Du Français, du Français, J’en f’rons un bon saloi (saloir).
— Tout ce que je peux vous dire pour le moment, mes mignons, leur cria mon défunt père, c’est que si vous ne mangez jamais d’autre lard que celui que je vous porterai, vous n’aurez pas besoin de dégraisser votre soupe.
Les sorciers paraissaient, cependant, attendre quelque chose, car ils tournaient souvent la tête en arrière ; mon défunt père regarde itou (aussi). Qu’est-ce qu’il aperçoit sur le coteau ? un grand diable bâti comme les autres, mais aussi long que le clocher de Saint-Michel, que nous avons passé tout à l’heure. Au lieu de bonnet pointu, il portait un chapeau à trois cornes surmonté d’une épinette en guise de plumet. Il n’avait ben qu’un œil, le gredin qu’il était ; mais ça en valait une douzaine : c’était sans doute le tambour major du régiment, car il tenait d’une main une marmite deux fois aussi grosse que nos chaudrons à sucre qui tiennent vingt gallons ; et, de l’autre, un battant de cloche qu’il avait volé, je crois, le chien d’hérétique, à quelque église avant la cérémonie du baptême. Il frappe un coup sur la marmite, et tous ces insécrables (exécrables) se mettent à rire, à sauter, à se trémousser en branlant la tête du côté de mon défunt père, comme s’ils l’invitaient à venir se divertir avec eux.
— Vous attendrez longtemps, mes brebis, pensait, à part lui, mon défunt père, dont les dents claquaient dans la bouche comme un homme qui a les fièvres tremblantes ; vous attendrez longtemps, mes doux agneaux ; il y a de la presse de quitter la terre du bon Dieu pour celle des sorciers !
Tout à coup le diable géant entonne une ronde infernale, en s’accompagnant sur la marmite qu’il frappait à coups pressés et redoublés, et tous les diables partent comme des éclairs ; si bien qu’ils ne mettaient pas une minute à faire le tour de l’île. Mon pauvre défunt père était si embêté de tout ce vacarme, qu’il ne put retenir que trois couplets de cette belle danse ronde ; et les voici :
C’est notre terre d’Orléans (bis) Qu’est le pays des beaux enfants, Toure-loure ; Dansons à l’entour Toure-loure ; Dansons à l’entour. Venez-y tous en survenants (bis) Sorciers, lézards, crapauds, serpents Toure-loure ; Dansons à l’entour Toure-loure ; Dansons à l’entour. Venez-y tous en survenants (bis) Impies, athées et mécréants Toure-loure ; Dansons à l’entour Toure-loure ; Dansons à l’entour.
Les sueurs abîmaient mon défunt père ; il n’était pas pourtant au plus creux de ses traverses.
— Si donc, dit José, que mon défunt père tout brave qu’il était avait une si fichue peur, que l’eau lui dégouttait par le bout du nez, gros comme une paille d’avoine. Il était là, le cher homme, les yeux plus grands que la tête, sans oser bouger. Il lui sembla bien qu’il entendait derrière lui le tic, tac, qu’il avait déjà entendu plusieurs fois pendant sa route ; mais il avait trop de besogne par devant, sans s’occuper de ce qui se passait derrière lui. Tout-à-coup, au moment où il s’y attendait le moins, il sent deux grandes mains, sèches comme des griffes d’ours, qui lui serrent les épaules : — il se retourne tout effarouché et se trouve face à face avec la Corriveau qui se grappignait amont lui. — Elle avait passé les mains à travers les barreaux de sa cage de fer et s’efforçait de lui grimper sur le dos ; mais la cage était pesante et à chaque élan qu’elle prenait, elle retombait à terre, avec un bruit rauque, sans lâcher pourtant les épaules de mon pauvre défunt père qui pliait sous le fardeau. S’il ne s’était pas tenu solidement avec ses deux mains à la clôture, il aurait écrasé sous la charge. Mon pauvre défunt père était si saisis d’horreur qu’on aurait entendu l’eau qui lui coulait de la tête tomber sur la clôture, comme des grains de gros plomb à canard.
— Mon cher François, dit la Corriveau, fais-moi le plaisir de me mener danser avec mes amis de l’île d’Orléans.
— Ah ! satanée bigre de chienne ! cria mon défunt père : — c’était le seul jurement dont il usait, le saint homme, et encore dans les grandes traverses.
— Satanée bigre de chienne, lui dit mon défunt père, est-ce pour me remercier de mon dépréfundi et de mes autres bonnes prières que tu veux me mener au sabbat ? Je pensais bien que tu en avais, au petit moins, pour trois ou quatre mille ans dans le purgatoire pour tes fredaines. Tu n’avais tué que deux maris : c’était une misère ! aussi ça me faisait encore de la peine, à moi qui ai toujours eu le cœur tendre pour la créature, et je me suis dit : Il faut lui donner un coup d’épaule ; et c’est là ton remerciement, que tu veux monter sur les miennes, pour me traîner en enfer comme un hérétique !
— Mon cher François, dit la Corriveau, mène-moi danser avec mes bons amis ; et elle cognait sa tête sur celle de mon défunt père, que le crâne lui résonnait comme une vessie sèche pleine de cailloux.
— Tu peux être sûre, dit mon défunt père, satanée bigre de fille de Judas l’Escariot, que je vais te servir de bête de somme pour te mener danser au sabbat avec tes jolis mignons d’amis !
— Mon cher François, répondit la sorcière, il m’est impossible de passer le Saint-Laurent, qui est un fleuve béni, sans le secours d’un chrétien.
— Passe comme tu pourras, satanée pendue, que lui dit mon défunt père ; passe comme tu pourras ; chacun son affaire. Oh ! oui ! compte que je t’y mènerai danser avec tes chers amis, mais ça sera à poste de chien comme tu es venue, je ne sais comment, en traînant ta belle cage qui aura déraciné toutes les pierres et tous les cailloux du chemin du roi, que ça sera un escandale, quand le grand voyeur passera ces jours ici, de voir un chemin dans un état si piteux ! Et puis, ça sera le pauvre habitant qui pâtira, lui, pour tes fredaines, en payant l’amende pour n’avoir pas entretenu son chemin d’une manière convenable !
Le tambour-major cesse enfin tout à coup de battre la mesure sur sa grosse marmite. Tous les sorciers s’arrêtent et poussent trois cris, trois hurlements, comme font les sauvages quand ils ont chanté et dansé « la guerre, » cette danse et cette chanson par lesquelles ils préludent toujours à une expédition guerrière. L’île en est ébranlée jusque dans ses fondements. Les loups, les ours, toutes les bêtes féroces, les sorciers des montagnes du nord s’en saisissent, et les échos les répètent jusqu’à ce qu’ils s’éteignent dans les forêts qui bordent la rivière Saguenay.
Mon pauvre défunt père crut que c’était, pour le petit moins, la fin du monde et le jugement dernier.
Le géant au plumet d’épinette frappe trois coups ; et le plus grand silence succède à ce vacarme infernal. Il élève le bras du côté de mon défunt père, et lui crie d’une voix de tonnerre : veux-tu bien te dépêcher, chien de paresseux, veux-tu bien te dépêcher, chien de chrétien, de traverser notre amie ? Nous n’avons plus que quatorze mille quatre cents rondes à faire autour de l’île avant le chant du coq : — veux-tu lui faire perdre le plus beau du divertissement ?
— Va-t-en à tous les diables d’où tu sors, toi et les tiens, lui cria mon défunt père, perdant enfin toute patience.
— Allons, mon cher François, dit la Corriveau, un peu de complaisance ! tu fais l’enfant pour une bagatelle ; tu vois pourtant que le temps presse : voyons, mon fils, un petit coup de collier.
— Non, non, fille de satan ! dit mon défunt père, — je voudrais bien que tu l’eusses encore le beau collier que le bourreau t’a passé autour du cou, il y a deux ans : tu n’aurais pas le sifflet si affilé.
Pendant ce dialogue, les sorciers de l’île reprenaient leur refrain :
Dansons à l’entour, Toure-loure ; Dansons à l’entour.
— Mon cher François, dit la sorcière, si tu refuses de m’y mener en chair et en os, je vais t’étrangler, — je monterai sur ton âme et je me rendrai au sabbat. Ce disant, elle le saisit à la gorge et l’étrangla.
— Comment, dirent les jeunes gens, elle étrangla votre pauvre défunt père ?
— Quand je dis étranglé, il n’en valait guère mieux, le cher homme, reprit José, car il perdit tout-à-fait connaissance.
Lorsqu’il revint à lui, il entendit un petit oiseau qui criait : qué-tu ?
— Ah çà ! dit mon défunt père, je ne suis donc point en enfer puisque j’entends les oiseaux du bon Dieu ! Il risque un œil, puis un autre, et voit qu’il fait grand jour : le soleil lui reluisait sur le visage.
Le petit oiseau, perché sur une branche voisine, criait toujours : qué-tu ?
— Mon cher petit enfant, dit mon défunt père, il m’est malaisé de répondre à ta question, car je ne sais trop qui je suis ce matin : hier encore je me croyais un brave et honnête homme créant (craignant) Dieu ; mais j’ai eu tant de traverses cette nuit que je ne saurais assurer si c’est bien moi, François Dubé, qui suis ici présent en corps et en âme. Et puis il se mit à chanter, le cher homme :
Dansons à l’entour, Toure-loure ; Dansons à l’entour.
Il était encore à moitié ensorcelé. Si bien toujours, qu’à la fin il s’aperçut qu’il était couché de tout son long dans un fossé où il y avait heureusement plus de vase que d’eau, car sans cela mon pauvre défunt père, qui est mort comme un saint, entouré de tous ses parents et amis, et muni de tous les sacrements de l’église sans en manquer un, aurait trépassé sans confession, comme un orignal au fond des bois, sauf le respect que je lui dois et à vous, les jeunes messieurs. Quand il se fut déhâlé du fossé où il était serré comme dans une étoque (étau), le premier objet qu’il vit fut son flacon sur la levée du fossé ; ça lui ranima un peu le courage. Il étendit la main pour prendre un coup ; mais, bernique ! il était vide ! la sorcière avait tout bu.
— Elle est déjà finie, reprit José ; mon défunt père attela sa guevalle, qui n’avait eu connaissance de rien, à ce qu’il paraît, la pauvre bête ! et prit au plus vite le chemin de la maison : ce ne fut que quinze jours après qu’il nous raconta son aventure.